Rencontre 02 — Marta Bakowski

C’est à l’occasion du Off/Paris Design Week en septembre dernier que nous découvrons Marta Bakowski. Designer d’origine polonaise, toujours la tête dans ses valises, elle conçoit des objets uniques à forte valeur émotionnelle, délicats et vibrants, plaçant la matière et la couleur au coeur de ses créations. Elle nous a reçu dans son atelier parisien avant le London Design Festival où elle exposait à la boutique-galerie Mint.

Back in september, we discovered Marta Bakowski while attempting Paris Design Week’ s Off exhibition. French designer of Polish origin, travelling aficionado, she places material and color at the core of her conceptions crafting unique, refined and vibrant objects of great emotional value. She welcomes us to her Parisian studio, a few days before the London Design Festival where she exhibited at Mint Shop.

 

Enfant de la balle, Marta a toujours baigné dans l’Art. Adolescente, elle admire Alexander McQueen et s’imagine styliste, mais c’est finalement en design qu’elle développe son sens du volume au cours de ses études entre Paris et Londres. Diplômée de Central Saint Martins, elle s’installe à Berlin où elle travaille alors avec Hella Jongerius. À ses côtés, elle peaufine son style, navigant entre industrie et production d’objets uniques. Soucieuse de préserver le facteur émotionnel de ses créations, elle est poussée par un besoin d’appréhender elle-même la matérialité de ses conceptions — « Avec toutes ces nouvelles technologies, on ressent le besoin grandissant de revenir à des matières naturelles et des formes essentielles ». La frénésie londonienne a laissé la place à une douceur de vivre berlinoise plus propice à l’épanouissement de sa créativité. De retour en France, elle s’installe en résidence aux Ateliers de Paris.

Growing up in a family of artists, Art runs into Marta’s blood. As a teenager she admires Alexander McQueen and she fancies herself a stylist, but she ultimately turns to product design. She develops her sense of volume during her studies between Paris and London. A graduate from Central Saint Martins, she moves to Berlin where she works with Hella Jongerius. There, she perfected her aesthetic, amongst industrial production and one-off piece. Seeking to preserve the sensitive component of her creations, she is driven by the need to grasp their inner matter — « We can feel a greater need to go back to natural raw materials and basic shapes in reaction to all the new technologies surrounding us ». Berlin’s good living took upon London’s frenzy as a more ideal place where her creativity blossomed. Back in France, she settled at the artists’ residency Les Ateliers de Paris.

Oscillant entre art et design, Marta cultive une production hybride se détachant des règles traditionnelles de la création, dans une volonté de s’affranchir d’un cloisonnement et d’une classification des corps de métiers encore omniprésente. « Je pars d’une forme ou d’une matière à laquelle j’attribue une fonction. J’aime façonner ma propre matière première ». Elle détourne des techniques artisanales parfois ancestrales, qu’elle modernise et décontextualise en faisant intervenir une couleur ou un matériau inattendu — pour preuve, le projet de luminaires Rays est né d’une recherche de tissage initialement destinée aux tapis. Dans cette série qui associe lignes graphiques rayonnantes à une palette où couleurs douces et pop se confrontent, chaque pièce est créée manuellement. Les créations de Marta sont à son effigie, généreuses, vivantes, tactiles, hautes en couleur. Lorsqu’elle nous confie son amour pour les oeuvres cinétiques et ludiques de Calder et Tinguely, le parallèle s’établit spontanément.

Oscillating between art and design, Marta cultivates her hybrid production, free from the standard rules of creation, eager to emancipate herself from an ubiquitous partitioning and classifying system of trades. « I am starting out of a shape or a fundamental material and assign it a function. I like to design my own raw material ». She twists sometimes ancestral craftsman technique that she upgrades through the use of unexpected colors or materials — the lighting project Rays actually finds its roots into a primary weaving’s research for rugs applications. This collection entirely handcrafted combines graphic and radiant lines to a contrasting color palette of pop and muted tones. Marta’s designs are just like her, generous, lively, tactile, colorful. Her deep appreciation of Calder and Tinguely’s kinetic and playful artworks therefore appears obvious.

Collectionneuse d’objets hétéroclites, Marta puise son inspiration dans le cabinet de curiosités qu’elle construit au fil de ses découvertes: « Je suis une grande collectionneuse: j’ai une vraie fascination esthétique pour les insectes que je photographie compulsivement, et pour les Arts Primitifs. Mon objet fétiche est d’ailleurs un masque africain Ngil du Gabon ». Discuter avec Marta, c’est découvrir une personnalité bouillonnante et vive, qui se traduit aussi bien dans son obsession musicale du moment pour le Kuduro que dans son amour des quartiers populaires et chaotiques — elle évoque avec espièglerie sa vie à Brick Lane en 2006, dont elle compare l’authenticité des scènes de vie aux situations sincères et cocasses des films de Jim Jarmusch, comme « Blue in the face » avec Harvey Keitel et Madonna. Elle nous invite à découvrir les oeuvres de son amie d’enfance Mara Fortunatovic, les sculptures de Rachel Whiteread, et les créations du designer Jean-Baptiste Fastrez, émerveillée par son vase Scarabée. Marta conclue notre discussion par un dernier mot: « fabuleux! ».

As a collector of motley objects, she finds her inspiration in the curiosity cabinet she has been building throughout her discoveries.« I am quite the collector: I have a true fascination for insects that I photograph with compulsion, and for Primitive Arts. My favorite personal object happens to be an Ngil African mask from Gabon ». Chatting with Marta is discovering a bubbling and vivid personality, from her current musical obsession for Kuduro to her love for popular and chaotic areas — she speaks playfully about her life back to Brick Lane in 2006, comparing its daily life scenes to the genuineness and clowning of Jim Jarmusch’s movies, like « Blue in the face » with Harvey Keitel and Madonna. She brings up the work of her childhood friend artist Mara Fortunatovic, sculptor Rachel Whiteread, and designer Jean-Baptiste Fastrez, marveled at the beauty of his vase Scarabée. Marta concludes our talk by one last word: « fabulous! ».

http://martabakowski.com/

 

CREDITS
Set design, styling and photoshoot ©Jake Studio
Portrait ©Marta Bakowski
Rays, Formes Conjuguées, Cosmos Concrete ©Marta Bakowski

Interview and editing © Justine & Kim, Jake Studio