— RENCONTRE 07 — Ferréol Babin

Attaché à soustraire l’objet du bruyant, du superflu, Ferréol Babin livre en deux traits de crayons une création très structurée, animée et allégée par un minutieux travail de la lumière. En maîtrisant sa diffusion et sa couleur d'une habile signature poétique, il parvient à dégager le regard de l’objet construit et captiver notre sensibilité. Prendre un café avec Ferréol, c’est plonger dans la vision spirituelle, intelligente et éclairée du jeune designer français qui compte parmi les plus prometteurs de sa génération.

Committed to subtract rather than add, Ferréol Babin delivers an highly-structured creation out of two pencil strokes, enlivened and soften by a meticulous work of light. Through this skilled poetic signature, mastering light’ scattering and color, he successfully manages to clear the sight of the constructed object and captivate our sensitivity. Having a coffee with Ferréol is diving into the spiritual, smart and enlightened vision of the young french designer who is one of the most talented artist of his generation.

 

Si il débute son parcours artistique par le design d’espace, c’est en design produit que sa démarche trouve tout son épanouissement, de l’ESAD de Reims à la Fabrica sous la direction de Sam Baron en passant par l’Université d’Art et Design de Nagoya — « Bien que ce ne soit pas la ville la plus fascinante du pays, c'est celle où j’ai vécu un court mais intense moment de ma vie. C'était aussi, à 22 ans, la première fois que j'habitais seul, loin du cadre familial, de tout repère et de tous mes acquis culturels, sociaux, linguistiques… Ce fût plus enrichissant que n'importe quelle école ».

Although interested at first by spatial design, Ferréol’s approach bloomed in product design, from french Design school ESAD (Reims), to Fabrica under the direction of Sam Baron, through Nagoya’s University of Art and Design  « It might not be the most fascinating city of the country, but it is where I lived a short but intense moment of my life. Being 22 years old and living alone for the first time, outside the family environment, away from any points of reference and cultural, social and linguistic heritage… I learned more then, than in any school ».

La sensibilité à la matière, le rapport entre les volumes, les contrastes, se font le moteur d’une approche créative, explorant à parts égales la dimension poétique qui émane des objets et leur fonctionnalité. « On ne peut pas vivre avec un objet intrusif, encombrant ou dérangeant. » Soutenant la nécessité d’un dialogue constant entre forme et fonction, il ne s’agit pas pour lui de produire uniquement des objets à la chaîne comme pourraient le faire des designers industriels, mais souligne en parallèle l’impossibilité de ne vivre qu’entouré de pièces achetées dans des galeries.

A creative approach driven by a strong material’ sensitivity, volume ratio, contrasts, investigating both poetic and functional dimension of the objects. « We can not live with an intrusive, cumbersome or disruptive object ». Standing by the idea of maintaining a constant dialogue between form and function, he underlines a world where design can’t be about mass production however it is impossible to be surrounded by art gallery’s pieces only. 

Habité d’une pulsion vitale de construire, déconstruire ou reconstruire, Ferréol ressent le besoin constant de démonter les objets qui l’entourent, pour comprendre leur fabrication et en créer de nouveaux en les remontant différemment. Pragmatique, il confesse avec ingéniosité que le seul objet dont il ne pourrait se séparer serait sa scie japonaise : « L’outil est un objet idéal car il me permettrait de tout reconstruire autour de moi ».
Chaque démarrage de projet est le fruit du déclic provoqué par la structure d’un élément anodin d’origine naturelle ou industrielle qu’il aura tenu dans ses mains, que ce soit une branche d’arbre, un caillou, de la fonte d’aluminium ou des profilés extrudés. « Je ne suis pas très à l’aise avec le discours, c’est pourquoi je ne commence jamais un projet par une note d’intention. J’explore, je me perds, pour mieux rediriger mes envies et recadrer leur dimension esthétique et fonctionnelle ».

Inhabited by a vital need of constructing, deconstructing or reconstructing, Ferréol feels a persistent impulse to dismantle objects to understand the way they are made, in order to build new ones reassembled differently. Pragmatic, he ingeniously admits that the only object he will ever need is his japanese chainsaw: « A tool is the ideal object to keep because I would be able to rebuild everything around me ».
Every start of project results from something that clicked when holding a trivial item (natural or industrial), whether a tree branch, a rock, some cast aluminium or an extruded steel profile. « I am not very comfortable with speech, that’s why I never start a project with an intention note. I explore, get lost, wherever my fancy takes me only to refocus on the aesthetic and functional’s aspect of the object ».

Le travail de la lumière est aujourd’hui inhérente à l’approche du design de Ferréol. « Elle n’a besoin ni de mots ni de matérialité pour pouvoir s’exprimer, ou toucher les gens ». Évoquant « Lunaire » (édition FontanaArte) comme pièce emblématique de sa création, dont la qualité de la lumière peut être totalement modifiée d’un simple geste, il souligne la simplicité graphique et l’efficacité de sa réflexion.
Au-delà de son amour pour la lumière, il trouve un nouveau souffle dans le mobilier qu’il crée actuellement pour une grande galerie parisienne de design de luxe, travaillant d’autres matériaux à des échelles et des budgets différents. Aux éditeurs, il réserve ses créations les plus silencieuses, ne travaillant que ponctuellement la couleur dans ses pièces uniques ou en séries limitées, comme « Flocons » et « Écume ». Comme un pas de côté, un grain de folie, ces touches colorées n’en demeurent pas moins peintes à la main sur des objets qu’il fabrique de A à Z, dans le calme olympien qui le caractérise.

Nowadays the work of light is inherent to Ferréol’s design. « It doesn’t need words or materiality to express itself, nor touch people ». Talking about what would be the key piece of his creation, « Lunaire » (edited by FontanaArte), he emphasizes the graphic simplicity and the efficiency of his design thinking, where light’ properties can be changed by a simple hand gesture.
Beyond his love of light, he gets a breath of fresh air into the furniture he is currently creating for a famous Parisian luxury design gallery, working new materials in new scales and budgets. Setting his most silent creations aside for industrial manufacturers, he uses color for his unique or limited pieces, as in « Flocons » and « Écume ». One-off colors’ splashes like a step sideways, a little madness, nevertheless hand painted on objects he peacefully builds from scratch.

Le contraste est d’autant plus détonnant lorsqu’on apprend que le secret de sa concentration réside dans l’écoute de musique métal, à l’opposé de sa personne et pourtant paradoxalement indispensable à sa sérénité - tandis qu’il révèle le rôle primordial de la musique d’Arvo Pärt et de l’oeuvre de Mark Rothko (dans laquelle il retrouve respiration et disparition de la matière) comme sources d’inspiration, recommandant la vidéo « Koyaanisqatsi » de Godfrey Reggio et Francis Ford Coppola, succession d’images de Ron Fricke sur une musique de Philip Glass.

The contrast appears even more detonating knowing that the secret of his concentration lies in listening metal music all day long, seemingly at the opposite of his character but yet crucial to his serenity - whereas he reveals the inspiring and primary role of Arvo Pärt’s music and Mark Rothko’s artwork (capturing respiration and evaporation of material), along with the video « Koyaanisqatsi », a film by Godfrey Reggio and Francis Ford Coppola, succession of images by Ron Fricke and set to the music of Philip Glass.

Esthète au quotidien, Ferréol réalise aussi des gâteaux hallucinants. La pâtisserie aurait pu être une vocation, tout comme la lutherie (il a d’ailleurs commencé à fabriquer des guitares) et la musique. Sa place de guitariste au sein du duo Grand Cataclysme, groupe de métal très noise, lui sert d’ailleurs de véritable défouloir, un moyen cathartique où Ferréol extériorise tout ce qu’il ne dit pas au quotidien avec des mots ou avec des gestes. « En fait, c’est à chaque fois de la création, c’est juste que le résultat est différent. Ce que j’aime dans la pâtisserie, c’est l’éphémère. Ce que j’aime dans la musique, c’est l’abstrait. Ce que j’aime dans le design, c’est le pérenne ».

Daily aesthete, Ferréol also bakes mind-blowing cakes. Pastry could have been a vocation, as well as lute-making (he even started carving guitars) and music. Guitarist of the metal noise’s band Grand Cataclysme, music is a true cathartic way to let off steam and everything he can not say with words or gestures. « As a matter-of-fact, it is always about creation, it’s just that the result is different. The thing I love in pastry is its ephemeral nature. The thing I love in music is its abstraction. The thing I love in design is its perennial nature ».

CREDITS
Product design & pictures © Ferréol Babin http://www.ferreolbabin.fr/
Interview & editing © Justine & Kim, Jake Studio