— RENCONTRE 05 — FANNY RICHARD

Installé dans la maison familiale à Asnières, l’atelier de Fanny Richard, designer et artisan céramiste, existe depuis maintenant cinq ans. D’un geste sûr et délicat, elle entame notre entrevue en travaillant de petites tasses de porcelaine encore crue, tout en dévoilant les secrets de son art et sa façon de l’appréhender au quotidien.

Fanny Richard is a ceramic maker & designer. Settled in the parisian suburbs’ family home, she has been practicing her craft for five years. With a confident an delicate hand gesture, she reveals the secrets of her art and its daily approach meanwhile working on small tea cups of raw china.

 

« La céramique est une véritable cuisine ». La designer qui utilise souvent un rouleau à pâtisserie comme outil de travail nous livre une comparaison culinaire didactique: si le pinching s’apparente au travail de la pâte à tarte, l’émail est quand à lui une sorte de pâte à crêpes. Quelque soit la typologie d’argile qu’elle manipule, Fanny prend un plaisir empreint de conscience éveillée et de discipline à façonner à la main ses créations, à mi-chemin entre le sériel et la pièce unique. La céramique lui permet de donner un sens, une histoire aux objets du quotidien qu’elle modèle avec fraîcheur, subtilité et spontanéité. Simultanément, Fanny s’adonne également à des projets sculpturaux s’inscrivant dans une authentique démarche artistique, dont le but ultime est d’être porteurs d’émotions, libérés de toute contrainte fonctionnelle. Une perception du travail de la matière qui la lie étroitement à la culture du Japon (où elle exposait dernièrement ses esquisses) « dans laquelle l’objet n’est qu’art et poésie ».

« Ceramic is really like cooking ». The designer who often use a rolling pin as a tool establishes a didactic culinary comparison: if the pinching’s technic relates to working pastry, enamel then is some kind of pancake dough. Whatever clay type she handles, Fanny takes a delight full of awakened consciousness and meticulousness shaping her handmade creations - between serial production and unique pieces. Ceramic allows her to give a meaning, an history to the everyday’s objects she models with freshness, nuance and spontaneity. At the same time, Fanny indulges in purely artistic sculptural projects. Their ultimate goal is to carry emotions, free from any functional restraint. A perception of matter's work that links her closely to the culture of Japan (where she lately exhibited her sketches) « where the object is only art and poetry ».

Sans être nécessairement préparatoire à ses pièces en volume, la pratique du dessin l’accompagne perpétuellement. Elle participe à la construction d’univers, dont le processus de création est intrinsèque aux émotions du quotidien.
Illustrant ses propos, elle évoque sa collection « Astral ». Point de départ de ce projet, sa propre perméabilité au comeback fulgurant du marbre, appliqué sous toutes ses formes dans le design. Établissant un parallèle inconscient entre ce matériau et la Lune, Fanny crée ainsi des tasses coupées en biais évoquant les différents cycles lunaires. Elle ne saisit cependant pleinement la corrélation de ses inspirations qu’au moment d’observer ses créations pour les photographier, lorsqu’elle se « défait du faire », phase toujours très intuitive.

Without being necessarily preparatory to her volumetric pieces, the practice of drawing is an indivisible part of her work. It contributes to building a world where the creation’s process is inherent to daily emotions. 
She demonstrates her statements talking about her collection « Astral ». Her very own permeability to the dazzling comeback of marble in every design’s fields is the starting point of this project. She draws an unconscious parallel between this material and the Moon, and then crafted bias cut cups reminding of lunar cycles. However, she only gets the full correlation of her inspirations when she observes her creations in order to photograph them: when she finally get ride of the always very intuitive making’ stage.

Très attentive à l’écho provoqué par ses pièces chez l’Autre, un ressenti souvent très différent de l’émotion qui a motivé son esthétique, Fanny s’enrichit de ce partage et de cette forme de passation de l’objet. Il raconte alors une autre histoire lorsqu’il n’appartient plus à celui qui l’a façonné. Cet intérêt pour la multiplicité des points de vue se retrouve dans ses lectures récurrentes comme celle du journal « Le 1 » (qui traite d’une unique question d’actualité selon plusieurs regards de façon hebdomadaire) ou de l’ouvrage « Se libérer du Connu » du philosophe Jiddu Krishnamurti.

Fanny gives a lot of attention to the echo induced by her pieces to Others, noticing a frequently very different feeling from the emotion that drove its aesthetic. She finds a personal fulfillment in this handover, the object now telling a new story once it doesn’t belong anymore to the one who shaped it. This interest for the plurality of viewpoints is a recurrent topic of her readings, such as the newspaper « Le 1 » (an unique stake on one weekly prominent topic reviewed according to several perspectives) or the book from the philosopher Jiddu Krishnamurti « Freedom from the Known ».

Dans une démarche se rapprochant du Land-Art par l’inspiration inépuisable qu’elle trouve dans la Nature, nous découvrons un aperçu de sa nouvelle collection, « Éléments ». Des gravures instinctives dans l’émail encore frais ébauchent un paysage aux lignes topographiques aléatoires, dans une palette de couleurs très douces, variant en fonction des terres utilisées. L’ensemble de la collection vit dans une harmonie de conversations et de silences entre couleurs, formes et graphisme.

 

In an approach close to Land-Art by the endless inspiration she seems to find in Nature, we caught a glimpse of her new collection. Instinctives carvings in fresh raw enamel drawing a landscape of randoms topographic lines, a very soft palette of colors varying in accordance with the initial clay used. The whole collection exists in a refined harmony of dialogues and silences between colors, shapes and graphic lines. 

Soucieuse de conserver une démarche éthique et sensible inhérente aux valeurs non-élitistes de la céramique, Fanny souhaite s’affranchir d’une tendance actuelle où la demande commerciale catégorisante est privilégiée, souvent au détriment de la création et de son sens. « On ressent un besoin de classifier les métiers et de les cantonner à des tâches uniques, alors que c’est le propre de l’artiste et du créatif de s’éparpiller ». Elle évoque avec nostalgie une vie bruxelloise où la gentillesse des gens, leur culture de la pluralité et du respect de la différence lui donnait le sentiment que tout y était possible.

Concerned with an ethic and sensitive approach inherent to the non-elitist values of ceramic’s Art, Fanny wishes to bypass the current tendency emphasizing a categorizing commercial demand, too often at the expense of the creation and its meaning. « We feel a need to classify and limit trades to single tasks, while it’s proper to the artist and creatives in general to scatter ».

Les influences de Fanny lui ressemblent, habiles, conscientes de soi, des autres, et du rapport à notre environnement: fascinée par la dextérité chromatique de la designer Hella Jongerius et du peintre Nicolas De Staël, admirative de la forte figure féminine de l’art de la céramique Lucie Rie, inspirée par l’Arte Povera de Giuseppe Penone… Elle nous recommande le documentaire « Rivers and Tides » sur le travail d’Andy Goldsworthy ainsi que Francine Triboulet pour son appréhension de la forme et conclue notre discussion par un dernier mot qui lui correspond si bien : « Poésie! »

Fanny’s influences are just like her, clever, conscious of self and others, and everything nature-related. Fascinated by designer Hella Jongerius and painter Nicolas De Staël’s chromatic adroitness, admiring the strong art of ceramic’s female figure Lucie Rie, inspired by Giuseppe Penone’s Arte Povera… She strongly advises the documentary « Rivers and Tides » about Andy Goldsworthy as well as Francine Triboulet for her way of understanding shape. At last our talk wraps up on one last word, very matching to Fanny’s work: 
« Poetry ! »

 

 

CREDITS
Ceramics & drawings, Fanny Richard / Yfna
Pictures © Fanny Richard & Jake Studio
Interview and editing © Justine & Kim, Jake Studio