— RENCONTRE 04 — JUSTINE FRÉMIOT

 

Justine Frémiot est une designer d’espace et artiste plasticienne installée à Strasbourg où elle rencontre en 2008 les sept graphistes et designers produits avec lesquels elle compose le Collectif Butane. S’affranchissant peu à peu de son académisme architectural, elle se livre avec talent et liberté à l’exploration de la sérigraphie dont elle façonne son propre langage.

Justine Frémiot is a space designer and visual artist living in Strasbourg, France. There she met in 2008 the seven graphic and product designers with whom she created the design collective, Collectif Butane. Progressively freeing herself from her architectural academism, she now skillfully investigates silkscreen printing, shaping her own artistic language through this medium.

 

 

En emménageant dans un grand atelier au Bastion 14, l’idée de ce collectif de bricoleurs était de concevoir un espace de travail modulaire où ils auraient la possibilité de travailler ensemble, en développant des projets communs visant à mêler leurs styles et disciplines.

The idea behind this handymen collective’s moving in a spacious atelier was to conceive a modular workspace where they would be able to create together and develop common projects mixing their styles and disciplines.

Seule designer d’espace de la bande, Justine cherche d’abord à retranscrire sa forte sensibilité tridimensionnelle en concevant avec Noémie Varnizy une typographie constituée d’axonométries architecturales factices. Elle attrape alors le virus de la sérigraphie, y voyant une nouvelle technique lui permettant de suggérer du volume sur une surface plane grâce à des superpositions d’impressions décuplées à l’infini.

As the only space designer of the team, Justine first searched to translate her strong sensitivity for everything 3D-related, designing with Noémie Varnizy a typographic project made of imaginary architectural axonometries. She then got bitten by the silkscreen printing’s bug, finding there a new technic allowing her to suggest volume on a plain surface thanks to endless prints’ overlays.

Ses nombreux essais se concentrent aujourd’hui sur le processus de marbrure. À tâtons, elle teste et mêle différentes recettes, utilisant parfois des matières premières peu orthodoxes - que ce soit du lait, ou le vernis à ongles provenant d’un flacon ayant explosé au dessus du bassin. Justine assume totalement sa légendaire maladresse, et se félicite de bienheureux hasards: « J’ai fait pas mal « d’erreurs » au cours de mes expérimentations mais c’est ce qui m’a menée à des résultats totalement inattendus que j’adore ». Ces résultats toujours uniques lui permettent de créer une source intarissable de trames/base de données à ré-appliquer en sérigraphie pour son bien-nommé projet « Marbling-Bling », cette fois-ci avec maîtrise, tant dans le motif que dans les couleurs. Signature récurrente de ses créations, Justine nous confie d’ailleurs son amour pour le doré: « En sérigraphie, cette encre est magique. Elle n’a pas du tout les mêmes propriétés de texture que les autres et donne une dimension fantasmagorique, poétique et mystérieuse au motif ». Couleur si spécifique complétée par une palette de bleu et de jaune qu’elle associe et manipule afin de créer matérialité, profondeur et contraste dans ses images.

Her numerous tryouts focus on the process of marbling. Step by step, she tests and blend various formulas, sometimes using unorthodox raw matter - such as milk or even nail polish coming from a bottle that accidentally exploded above the testing pool. Justine completely embraces her legendary clumsiness, welcoming those blissful chances. « I made quite a lot of « mistakes » during my experiments but that is what get me to those totally unexpected results that I adore ». With always unique results, she creates an inexhaustible source of weft/database to re-use with control through silkscreen printing for her aptly named project « Marbling-bling », both in terms of pattern and colors. Recurrent signature of her creations, Justine discloses her love for golden color: « In silkscreen printing, this ink is magical. It doesn’t have the same textures’ properties as the other ones at all. It gives a phantasmagoric, poetic and mysterious scope to the pattern ». Such a specific color completed by a palette of blue and yellow that she joins and handles in order to create materiality, depth and contrast in her images.

Loin de chercher une représentation figurative, elle nous expose des recherches à caractère quasi-scientifique se rapprochant de la cellule moléculaire. « Je remarque que vous faîtes toujours des recherches par deux ou trois. Combien avez-vous de frères ou soeurs? m’avait questionnée un de mes professeurs ». Justine, qui fait partie d’un fratrie de trois filles, dont une soeur jumelle, s’amuse toujours des raisons inconscientes qui la poussent aujourd’hui encore à travailler sur la division cellulaire. D’innombrables bulles et trames se chevauchent dans des nuances tantôt sourdes tantôt vives, créant reflets et transparences jouant avec l’angle de la lumière.

Far from seeking a figurative representation, she exposes researches of almost scientific nature, close to a molecular cell. « I notice that you always do your researches through a combination of two or three items. How many siblings do you have? asked me one my art teacher one day ». Justine, who actually has three siblings including a twin sister, is always amused by the unconscious reasons pushing her today to keep on working on cellular division. Countless bubbles and weft overlapping one another in both muted colors and bright colors, generating reflects and transparencies playing with the angle of the daylight.

Au-delà de sa propre création, Justine parle avec passion de la sérigraphie, admirative d’une technique non figée assujettie au geste de la main. C’est pour elle un savant mélange entre la pièce unique et le sériel. S’appropriant cette particularité, elle multiplie les supports, et construit progressivement sa propre identité globale sur le même style graphique, qu’elle met en commun avec celles des autres membres du collectif. En les assemblant et les recomposant, ils fabriquent des objets en commun qui leurs ressemblent alors à tous.
Illustration même d’application de ce principe d’échange de données, un motif de Justine transposé en espace et en projection lumineuse en mouvement dans une exposition d’affiches du Collectif Butane.

Beyond her own creation, Justine speaks passionately about silkscreen printing, admiring an ever-changing technic subjected to the hand’s gesture. It is for her a clever blend between unique pieces and serial production. Making this specificity her own, she multiplies formats, gradually building her global visual trademark and a graphic identity she pools with the one of the other members of the collective. By assembling and reconstructing their ideas together, they together craft objects true to all of their designs. Ultimate illustration of this concept of database’s exchange, one of Justine’s pattern set up in a space installation, used as a mobile light projection in a Collectif Butane’s posters exhibition.

 

 

On retrouve dans ses références un attrait flagrant pour cet échange constant entre 2D et 3D. Elle cite aussi bien les Ronan & Erwan Bouroullec pour la sensibilité de leurs dessins au feutre que les architectes japonais de l'Atelier Bow Wow - en particulier pour leur livre « Graphic Anatomy » qui semble restituer de façon quasi vivante les textures, matériaux et habitants dans le graphisme de leurs plans. Elle chérit d’ailleurs particulièrement l’esthétique japonaise puisque son objet fétiche n’est autre qu’une affiche de publicité Asahi récupérée dans les rues Tokyoïtes.

This utter appeal for a constant dialogue between 2D and 3D is clearly visible in her references. She names Ronan & Erwan Bouroullec, for the sensitivity of their felt pens drawings, as well as the japanese architecture studio Atelier Bow Wow - being especially fond of their book « Graphic anatomy » where the graphic style of their architectural plans shows lively textures, materials and figures. Another example of her attachment to the japanese aesthetic, her favorite object is an Asahi ad poster she brought back from Tokyo’ streets.

Justine nourrit aussi un intérêt croissant pour la céramique, et notamment celles d’Oscar Niemeyer à Brasilia qui lui donnent une raison supplémentaire de poursuivre ses expérimentations marbrées pour pouvoir ainsi l’appliquer à cette matière. Elle nous confie ses envies de collaboration avec la céramiste Catherine Remmy, ainsi qu’avec un artisan marbreur pour approfondir sa technique, et nous parle avec enthousiasme de son engouement pour les créations de Yves Dorsi (graphiste multimédia), Suprême Bonton (jeune marque française et studio de création de foulards sérigraphiés), Noémie Cédille (graphiste, illustratrice et directrice artistique), Lucille Michieli (illustratrice), et French Fourch (studio de création et atelier de sérigraphie).

Mutine, elle conclue notre entretien par un dernier mot qui résonne encore dans nos oreilles comme une onomatopée pleine de gaieté: « Knack! »
 

Justine also nurtures an increasing interest for ceramics, and more specifically for Oscar Niemeyer’s in Brasilia which give her an another reason to pursue her marbling’s experimentations in order to apply it to this matter.
Eager to collaborate with ceramicist Catherine Remmy and to develop her technic with a marbling craftsman, she also speaks with a contagious enthusiasm about the creations of Yves Dorsi (multimedia graphic designer), Suprême Bonton (young french brand and creative studio of silkscreen printing scarves), Noémie Cédille (graphic designer, illustrator and art director), Lucille Michieli (illustrator), and French Fourch (creative studio and silkscreen printing atelier).

Mischievous, the last word of our talk with Justine is still humming in our ears like a joyful onomatopoeia: « Knack! »

Justine Frémiot, marbling-bling.tumblr.com

CREDITS
Sérigraphies / Silkscreen printing © Justine Frémiot
Pictures © Justine Frémiot, Claire Muth, Collectif Butane
Interview and editing © Justine & Kim, Jake Studio